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Serge Tisseron :« Limitons le temps passé des enfants devant leurs écrans »

Oui, il existe une corrélation confirmée en France par l’étude Elfe pour les enfants avant 3 ans. À cet âge, plus les enfants passent de temps devant les écrans et moins ils en ont pour les jeux créatifs et les activités interactives fondamentales. Il en résulte des insuffisances dans les domaines des compétences sociales, du langage, de l’attention, de la concentration et des capacités motrices.

12 févr. 2020

3 minutes

Existe-t-il une relation entre le temps passé par les enfants devant un écran et une modification des capacités cognitives ?

Oui, il existe une corrélation confirmée en France par l’étude Elfe pour les enfants avant 3 ans. À cet âge, plus les enfants passent de temps devant les écrans et moins ils en ont pour les jeux créatifs et les activités interactives fondamentales. Il en résulte des insuffisances dans les domaines des compétences sociales, du langage, de l’attention, de la concentration et des capacités motrices.

Le type de contenus consultés a-t-il un impact sur le développement psychosocial des enfants ?

Avant 3 ans, tous les contenus sont déconseillés. Après 3 ans, il faut choisir des programmes de qualité, se guider sur la norme PEGi pour les jeux vidéo, et surtout prendre le temps de parler avec l’enfant de ce qu’il voit et fait avec les écrans. Cela est essentiel pour lui permettre de développer à la fois ses compétences verbales et un regard critique sur les écrans.

La consommation de contenu numérique doit-elle être adaptée en fonction de l’âge de l’enfant ?

Bien entendu. C’est le principe des « balises 3-6-9-12 » que j’ai proposées en 2008. Avant 3 ans, ne laissons jamais un enfant dans une pièce où un écran est allumé. De 3 à 6 ans, les écrans doivent être dans une pièce commune, et limités à 1/2h par jour à 3 ans à 1h maximum à 6 ans. Et n’utilisons jamais les outils numériques pendant les repas, pour calmer l’enfant ou pour le récompenser. De 6 à 9 ans, invitons l’enfant à créer : photographie numérique, Scratch, logiciels de Stop Movie…. De 9 à 12 ans, encourageons l’enfant à gérer son temps d’écran distractif avec un « carnet du temps d’écran ». Et expliquons-lui les pièges d’Internet. Et après 12 ans, restons disponibles car nos enfants ont encore besoin de nous.

Avant 3 ans, tous les contenus sont déconseillés

Quels sont les principaux risques d’une exposition trop importante aux écrans ?

L’utilisation des outils numériques le soir, et encore plus dans la chambre, réduit la quantité et la qualité du sommeil, avec fatigue, troubles de l’attention et baisse des résultats scolaires.
Et lorsque les parents utilisent leurs smartphones pendant qu’ils interagissent avec les enfants, cela pose aussi un problème : les enfants se sentent abandonnés et développent des troubles psycho-développementaux.

Existe-t-il des bénéfices à la consommation de contenus numériques pour le développement de l’enfant ?

Les seuls effets positifs démontrés concernent les réseaux sociaux et la sociabilité chez les adolescents : ils augmentent le sentiment d’être en lien avec les camarades, réduisent la sensation d’isolement et favorisent les amitiés existantes. Mais il y existe aussi des problèmes comme le harcèlement et les contenus problématiques ! Par précaution, retardons le plus longtemps possible le moment d’acheter un téléphone mobile à notre enfant, limitons le temps qu’il passe dessus et interdisons-lui de l’emmener la nuit dans sa chambre.

Bibliographie

  1. Le jour où mon robot m’aimera, vers l’empathie artificielle (Albin Michel, 2015)
  2. 3-6-9-12, apprivoiser les écrans et grandir (Éres, 2013)
  3. Faut-il interdire les écrans aux enfants ? (En collaboration avec Bernard Stiegler, Ed.
  4. Mordicus, 2009)
  5. Qui a peur des jeux vidéo ? (Avec Isabelle Gravillon, Albin Michel, 2008)
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