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Classe inversée : « Je suis dans l’accompagnement de mes élèveset plus seulement dans la transmission de savoir »

Approche florissante appartenant aux pédagogies dites « actives », la classe inversée incite les élèves à préparer leurs leçons chez eux grâce à des supports innovants, pour ensuite réaliser leurs exercices en classe. Aujourd’hui en France, 20 000 enseignants auraient adopté cette méthode qui rend les élèves acteurs de leur apprentissage. Convaincue de ses bienfaits, Khadija Benhamza, professeure de biotechnologies au lycée René Cassin de Gonesse (Val d’Oise), en a adopté les principes il y a déjà sept ans.

12 févr. 2020

3 minutes

« J’ai toujours eu envie de bousculer les choses et la classe inversée représente une méthode novatrice pour aider nos élèves. Ses principes sont simples. À la maison, les élèves s’approprient des connaissances théoriques qui leur sont livrées via différents supports : des vidéos, des applications interactives comme Genially, mais aussi des textes, des livres. Apprendre chez eux libère alors du temps pour réaliser des exercices et des activités quand nous sommes en classe, individuellement ou en groupe, en s’appuyant sur des polycopiés. Cette approche entraîne les élèves dans une bonne dynamique. Ils vont essayer de comprendre et maîtriser les notions abordées, de s’entraider, de réfléchir ensemble. Pour moi, avoir la réponse n’est pas le but. Le but, c’est d’abord de comprendre.

« La classe inversée libère »

J’enseigne auprès d’élèves de la Seconde à la Terminale mais la méthode convient à tous les niveaux et tous les profils d’élèves car le bon fonctionnement de ce système tient à plusieurs facteurs. En travaillant de chez eux, les élèves qui vont vite ont la possibilité d’aller plus loin encore dans le cours en s’appuyant sur des supports qui les séduisent. Pour les élèves en difficulté, la classe inversée libère. Ils osent davantage poser des questions à leurs camarades comme au professeur. Ils sont moins isolés que dans une classe classique, où participer implique d’affronter le regard des autres. Enfin, certains élèves vont profiter de la liberté offerte par la classe inversée pour manifester plus facilement certaines qualités comme la maîtrise du vocabulaire spécifique, la capacité à travailler en groupe, à argumenter, etc…

« Les élèves deviennent plus autonomes »

Sur le plan pratique, passer à une classe inversée ne demande pas particulièrement de travail supplémentaire mais exige en revanche un peu de temps. Pour commencer, il arrive que les élèves – et leurs parents – aient besoin d’être convaincus des avantages de la méthode avantd’y adhérer pleinement. Quand il le faut, je les rencontre donc pour leur présenter mon approche et ses forces. Jusqu’à présent, cela a toujours fonctionné. Les élèves deviennent plus autonomes et sont donc mieux préparés à l’après-lycée. Les parents le voient et sont satisfaits. Ensuite, permettre aux élèves de s’exprimer en classe impose d’être plus disponible pour écouter et laisser le temps de classe filer au rythme des élèves.

« La méthode classique rassure aussi parfois »

Malgré les avantages de la formule, ce n’est pas pour autant que je fonctionne systématiquement et toute l’année en classe inversée. Pour des raisons pratiques, comme la nécessité d’avancer dans le programme, il m’arrive en effet de faire un cours de façon classique. Cela ne me pose pas de problème car je suis persuadée que varier les méthodes est bénéfique pour les élèves. Cela permet à tout le monde d’y trouver son compte car la méthode classique les rassure aussi parfois.

« Ils me font confiance »

Depuis le départ, certains collectifs d’enseignants, comme “Inversons la Classe” (ILC) ou P@tChwørk, m’aident à avancer, à mettre en place des pratiques innovantes et à les faire évoluer aussi. Quand on est enseignant, il est essentiel de trouver des sources d’inspiration, mais aussi des personnes avec qui échanger sur nos pratiques. Cela rassure et donne confiance !
Aujourd’hui, après plusieurs années à enseigner ainsi, je dois avouer que c’est un grand bonheur d’observer les élèves développer leur raisonnement et leurs manières d’apprendre. Ils me font confiance, notre relation a évolué. Attention, la méthode n’est pas magique mais je suis désormais dans l’accompagnement de mes élèves et plus seulement dans la transmission de savoir. C’est épanouissant. D’ailleurs, lorsque j’ai commencé à enseigner, c’était précisément le rôle que je souhaitais défendre. »

« Les 5 étapes pour mettre en place une classe inversée »

  1. Identifiez le modèle pédagogique qui convient le mieux à votre établissement et vos élèves. Le concept de classe inversée n’est pas figé !
  2. Présentez votre projet à la direction afin d’obtenir son accord.
  3. Choisissez vos cours parmi ceux partagés en ligne ou créez vos propres contenus. C’est devenu facile grâce à plusieurs applications.
  4. Postez votre cours en ligne sur Youtube, Vimeo, etc., ou sur votre propre site. Pour les élèves sans internet, transmettez-leur les cours sur une clé USB ou un DVD.
  5. Expliquez votre démarche à vos élèves et adaptez votre méthode au fur et à mesure.

C’est parti !

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